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Les données recueillies dans le cadre
d'entretiens réalisés avec des patients,
des soignants et des acteurs associatifs montrent
que les personnes malades, même à
un stade débutant de la maladie, ne sont
pas toujours informées de leur diagnostic
et sont généralement peu impliquées
dans le processus de prise de décisions
concernant leurs soins. Les données de
la littérature (1) confirment que 70 %
des médecins spécialistes et 65
% des proches souhaitent annoncer le diagnostic
au patient, même si souvent l'annonce utilise
des circonlocutions (" maladie de la mémoire
") à la place du nom explicite de
la maladie.
Souvent perçus comme étant incapables,
du fait de leurs déficits cognitifs, d'être
acteurs de leur santé, les patients vivant
avec une pathologie neurodégénérative
semblent fréquemment exclus de la relation
de soin au profit de l'aidant principal.
Un patient qui veut
être acteur de sa prise en charge
Pourtant, grâce aux avancées réalisées
au cours de la dernière décennie
dans le domaine de la connaissance, du diagnostic
et du traitement de la maladie d'Alzheimer, le
nombre de patients diagnostiqués à
un stade précoce de la maladie d'Alzheimer
est en augmentation. De ce fait, les médecins
sont de plus en plus confrontés à
un nouveau profil de patient : un patient plus
conscient de ce qui lui arrive, qui revendique
le droit de savoir et d'être acteur à
part entière de sa prise en charge thérapeutique
et sociale.
L'outil a pour finalité de permettre au
médecin de construire une relation de soin
fondée sur la participation active et le
" respect et la valorisation de l'estime
de soi du patient, quel que soit son état
physique et psychique " (2). Il s'agit
en effet de recentrer la relation sur la personne
malade, sans toutefois exclure l'entourage familial.
Une approche globale de
la personne
La démarche proposée dans ce guide
est adaptée du modèle des consultations
à objectifs alternés développé
pour le suivi des maladies chroniques (3). Ce
modèle - qui consiste à prendre
en compte à la fois la dimension organique
de la maladie et ses répercussions au niveau
psychologique, familial, professionnel et social
- peut être mis en place de façon
progressive tout au long du processus de soins.
Lors de chaque consultation sera ainsi développé,
en fonction notamment des besoins du patient,
un nouvel aspect de la maladie et de sa prise
en charge.
La mise en uvre de ce modèle peut
s'avérer difficile, du fait des spécificités
cliniques de la maladie d'Alzheimer (notamment
de l'anosognosie - l'ignorance et la négation
par le patient de son déficit - et des
troubles de mémoire). Pertinents d'un point
de vue éthique quel que soit le stade de
la maladie, certains éléments de
cette démarche ne sont en effet réalisables
sur un plan pratique qu'aux stades " débutants
". Même dans ce cas, le soignant aura
parfois l'impression - du fait des difficultés
du patient à mémoriser - de devoir
tout recommencer de zéro à chaque
consultation. Cependant, quelles que soient les
maladies chroniques (y compris celles qui n'affectent
pas les capacités cognitives du patient),
si l'on souhaite placer le patient au centre de
la relation de soin et " mener à
bien une démarche éducative, il
faut être constamment prêt à
tout recommencer " !
Une participation
active du patient, pour favoriser le dialogue
Pour construire une relation de soin fondée
sur la confiance et la participation active du
patient, le médecin devra s'inscrire dans
une démarche d'écoute active, savoir
faire preuve d'empathie et utiliser des techniques
d'entretien qui favorisent le dialogue.
La manière dont le soignant mène
l'entretien pendant la consultation peut soit
limiter, soit au contraire favoriser le dialogue
avec le patient et ses proches. Le recours à
des questions fermées, qui imposent des
réponses par oui ou non, le fait de regarder
sa montre en permanence, l'incapacité de
respecter des temps de silence, le fait d'interrompre
le patient, la non-réceptivité aux
signes non verbaux émis par la personne
malade ou ses proches
sont autant d'éléments
qui peuvent bloquer la communication entre le
médecin et le patient.
À l'inverse, certaines techniques d'entretien,
utilisables en particulier dans les stades débutants
de la maladie d'Alzheimer, peuvent contribuer
à faciliter le dialogue : la reformulation
consiste pour le médecin à s'assurer
qu'il a bien compris les propos du patient ; le
recours à des questions ouvertes peut contribuer
à approfondir le recueil d'informations
par le médecin ; la technique de "
spécification " consiste à
aider le patient à préciser davantage
ses propos. Enfin, la technique dite du reflet
consiste à redire avec d'autres mots ce
que le patient a dit ou montré à
propos de ses émotions.
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« Quand je vais en consultation, le docteur parle à mon épouse… Moi, je ne suis plus qu’un tas de mots neurologiques qui ne veulent rien dire… »
Témoignage recueilli sur le site de l’association France Alzheimer.
« J’attends de mon médecin qu’il me dise la vérité sur l’évolution de la maladie, si évolution il y a. Je veux qu’il me tienne informé pour que je puisse prévoir l’avenir. Cela me permet de changer, de redéfinir mes priorités… Pour l’instant, mon médecin me reçoit tout seul, mais il a demandé à voir mon épouse. Cela m’embête un peu. Je veux maintenir mon autonomie le plus longtemps possible… »
Patient suivi à l’hôpital Rothschild, Paris.
« Mon médecin est une personne d’expérience. Elle a su m’écouter. Elle m’a soutenue quand mes enfants ont voulu me retirer mon chéquier en estimant que je n’étais plus apte à m’occuper de moi. Elle a su me mettre en confiance. J’attends de mon médecin qu’il m’écoute et essaie de me comprendre. Un médecin qui sait écouter et comprendre soigne mieux. C’est ça, son métier : écouter pour comprendre et mieux soigner. »
Témoignage recueilli à l’hôpital de jour Bretonneau.
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Un outil sous forme
d'une mallette
Cet outil (mallette) est constitué de
:
- un guide pour le médecin, expliquant
les bénéfices, les fondements conceptuels
et les modalités de mise en uvre
et d'évaluation de la démarche éducative
proposée ;
- dix pochettes (une pochette par patient) contenant
chacune quatre exemplaires d'un " livret
patient " (un par consultation) destiné à recueillir le point de vue, les sentiments,
les attentes et les souhaits de la personne malade
concernant le vécu et la prise en charge
de sa maladie ;
- une affichette à apposer en salle d'attente
ou dans le bureau du médecin pour encourager
le patient à s'exprimer durant la consultation.
La démarche et les exemples proposés
dans le guide destiné au médecin
ne constituent bien sûr pas un modèle
rigide. Ce sont des éléments d'aide
à la consultation qui pourront être
adaptés, d'une part, au stade d'évolution
de la maladie et aux besoins du patient et, d'autre
part, aux objectifs thérapeutiques, aux
ressources dont dispose le médecin et aux
modalités d'organisation du suivi médical.
Le " livret patient " pourra être
utilisé selon deux modalités : soit
trente minutes avant la consultation (le médecin
proposera au patient de le compléter avec
l'aide éventuelle d'un membre de l'équipe
de soins, secrétaire médicale, infirmière,
externe, etc.) ; soit le médecin remet
le livret au patient à la fin de la consultation
en l'encourageant à le compléter
chez lui et à le ramener lors de la prochaine
visite.
La conception de cet outil, avec le soutien d'un
groupe de travail pluridisciplinaire, a bousculé
chacun d'entre nous à la fois dans ses
convictions et ses pratiques professionnelles.
Bien au-delà de nos attentes, réfléchir
sur la relation médecin-malade dans ces
situations de déficits cognitifs des patients
nous a obligés à ne pas nous contenter
de compromis mais bien à poser, affirmer
et mettre en pratique les principes de l'éducation
pour la santé prônant la personne
actrice de sa santé et son respect, quelle
que soit sa situation personnelle et sociale.
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Groupe de travail
Geneviève Arfeux-Vaucher, directeur de recherches, Fondation nationale de gérontologie (Paris) ; Michel Billé, sociologue, Association francophone des droits de l’homme âgé, IRTS (Poitiers) ; Catherine Huyghe, infirmière, consultation de la mémoire, centre médical des Monts-de-Flandres (Bailleul) ; Latifa Imane, chargée de mission, direction de la Communication et des Outils pédagogiques, INPES (Saint-Denis) ; Benoît Lavallart, médecin, chargé de mission, direction générale de la Santé (Paris) ; Yves Magar, médecin, éduSanté (Vanves) ; Marie-Pierre Pancrazi, psychogériatre, praticien hospitalier, département de médecine et de gérontologie, CH de Courbevoie-Neuilly (Courbevoie) ; Florence Pasquier, neurologue, centre de la mémoire, clinique neurologique, CHRU (Lille) ; Stéphanie Pin, chargée d’études, direction des Affaires scientifiques, INPES (Saint-Denis) ; Marie Sarazin, neurologue et gériatre, hôpital de jour neuropsychogériatrique, hôpital Bretonneau, et centre de neuropsychologie, hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris) ; Marc Verny, gériatre, centre de gériatrie, hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) ; Isabelle Vincent, directrice adjointe, direction de la Communication et des Outils pédagogiques, INPES (Saint-Denis).
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