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Suicide Écoute est une ligne qui a ses spécificités. La singularité de l'écoute proposée par l'association s'est construite au fil du temps, elle est en constante définition et fait l'objet d'une réflexion permanente.
Les principes de l'association sont clairement définis dans sa charte :
- l'anonymat est total pour l'appelant et l'écoutant, il ne peut être levé qu'avec l'accord express de l'appelant en cas de suicide en cours pour permettre l'intervention des pompiers ;
- l'équipe n'a pas vocation à mettre en place un suivi, chaque appel devant être considéré comme si c'était le premier ;
- l'écoutant ne cherche pas à connaître la vérité, il ne donne pas de conseils, il ne propose pas de solution toute faite, il ne cherche pas à savoir à la place de l'autre ce qu'il conviendrait de faire.
L'offre de l'association se veut solidaire, désintéressée, non directive, apolitique et aconfessionnelle.
Des appels difficiles à recevoir
Les appels reçus à Suicide Écoute sont, pour la plupart, difficiles à recevoir car ce sont le plus souvent de véritables SOS. L'association vise clairement les personnes suicidaires ou suicidantes. Certains appels sont dramatiques et particulièrement éprouvants, notamment lorsque le processus suicidaire est en cours. Pourtant, les écoutants sont tous bénévoles et ne sont jamais recrutés en fonction de leur formation professionnelle.
Le recrutement se fait en plusieurs phases. Peu de candidats franchissent toutes les étapes, c'est souvent le candidat lui-même qui décide de ne pas aller jusqu'au bout de sa démarche. Il lui est, en effet, demandé d'être capable de prendre du recul, de supporter les frustrations car il n'y a pas " de retour d'efficacité ", de s'investir mais de ne pas s'impliquer personnellement, de ne pas se mettre à la place de l'autre mais de lui offrir une véritable occasion de rencontre dans le cadre de l'appel. Chacun conserve, néanmoins, sa manière singulière d'écouter. Dans ces conditions, la question se pose de savoir comment former et se former à ce type d'écoute tout en gardant sa propre créativité car chacun conserve néanmoins sa manière singulière et sa richesse humaine dans l'écoute.
Une formation par la " double écoute "
Après sélection par l'équipe de recrutement, le candidat entre directement dans le dispositif de la formation pratique, qui comporte deux parties : la " double écoute passive ", suivie de la " double écoute active ". Cinq à six mois s'écoulent généralement d'une phase à l'autre. Dans la première phase, le candidat n'intervient pas directement dans l'appel. En fin d'appel, il est invité à faire part de ses réactions, de ses questions. La plupart du temps, il le fait spontanément.
La double écoute active intervient au bout de six à huit écoutes passives, la personne en formation répond alors aux appels en présence d'un écoutant expérimenté qui l'accompagne dans son apprentissage. Cet écoutant confirmé ne se situe pas en modèle à imiter. En revanche, il aide le stagiaire à trouver sa place, à construire ses repères en pointant certains éléments, en recadrant si nécessaire. L'écoutant formateur est dépositaire de l'éthique de l'association, garant des valeurs et des principes partagés au sein de Suicide Écoute.
Les " doubles écoutants " sont recrutés parmi les écoutants confirmés pour leur capacité à être " à l'écoute de l'écoute " et ainsi être à l'aise avec le regard de l'autre et son jugement éventuel. Des réunions spécifiques avec un psychiatre sont régulièrement organisées pour parvenir à une meilleure définition du rôle des " doubles écoutants " et à une plus grande homogénéité dans le positionnement envers les appelants. La double écoute offre donc un temps " d'apprentissage sur le tas " et constitue également un espace de formation pour les anciens chargés de former leurs pairs.
Une formation assurée par un psychiatre
Le candidat parvient ensuite au stade de la formation, laquelle démarre après au minimum plusieurs semaines de pratique de l'écoute. Assurée par un psychiatre, cette formation comporte trois ou quatre séances de trois heures pour des petits groupes de huit à dix personnes. Fortement centrée sur l'écoutant, la formation est abordée sur un mode interactif et permet ainsi une réflexion tant personnelle que collective à la technique et à la psychologie de l'écoute à proposer par Suicide Écoute. Ni recette, ni solution type, tout au plus quelques points de repère qui permettent au groupe de s'informer, de se former avant de décrocher le téléphone. Ce passage en " solo " et l'intégration du nouvel écoutant se font après une confrontation de points de vue entre les responsables de la double écoute et le psychiatre chargé de la formation initiale. Pour autant, la formation de chacun se poursuit bien au-delà.
Des temps de partage
La participation à des séances de partage mensuelles, supervisées par un psychanalyste, fait partie de l'engagement de départ. Comme leur nom l'indique, les partages sont des séances de régulation durant lesquelles s'échangent les difficultés, les questions suscitées par les appels. Plus spécifiquement centrés sur le traitement des appels, ces partages sont également des temps forts de la vie de l'association, des lieux de débats permanents, notamment autour de la question de l'éthique. Ces échanges sont l'occasion d'évoquer les risques de dérive, sans cesse présents, comme par exemple le risque d'accéder au désir de l'appelant qui souhaite se décharger de sa propre responsabilité sur l'écoutant, en d'autres termes être le témoin de son incapacité à décider de son propre destin ; autre risque, celui d'entrer de plain-pied dans la problématique de l'autre et de céder à la tentation d'une écoute totalement personnelle. Ces partages permettent ainsi de repérer ce qui a parfois empêché l'émergence de la parole de l'appelant. Ils sont autant d'occasions de rappeler que " seule la parole rendue à l'autre a quelque chance de mobiliser en lui ce que l'on appelle la vie
". Les partages constituent un temps de formation continue auquel s'ajoutent également deux ou trois rencontres annuelles sur des thèmes choisis par l'équipe de bénévoles, comme par exemple les appels pour d'autres personnes.
C'est ainsi que l'on devient écoutant à Suicide Écoute, sans formation théorique, sans cours magistraux, sans conseil de lecture, mais avec une obligation : celle de remettre en question son écoute et de partager avec les autres ses doutes, ses questions, ses limites, ses hésitations.
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